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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 11:12

 

Claude Viallat annonce la couleur
 

 

Si le travail de Claude Viallat est « nombreux et spiralé » comme il l’écrivait lui-même et comme le souligne très justement Yves Michaud, le parcours qu’il nous propose à travers la ville de Nîmes à l’occasion de la Féria de Pentecôte  peut lui aussi s’apparenter à une spirale. Forme ouverte qui partirait du centre névralgique des arènes de Nîmes pour s’élargir à la Maison Carrée, au Musée d’Art contemporain, à l’Ecole des Beaux arts et au Musée des cultures taurines.

Dans tous ces lieux, l’artiste propose au spectateur une facette de son travail ou de sa personnalité. Aux arènes, il installe six sandows rouges tendus  de part et d’autre du monument (trois en largeur, trois en longueur) qui  forment quatre quadrilatères dont chaque angle est délimité par un nœud. En fin d’après-midi, l’ombre portée des cordes dessine un espace de quatre carrés au centre de la piste. Sur la couronne de l’amphithéâtre, une quinzaine d’étendards et de drapeaux accrochés à de fragiles bambous flottent au gré du vent. Une soixantaine de toiles sont aussi accrochées dans les déambulatoires, les vomitoires et sur les piliers à l’extérieur du monument.

Les couleurs se répondent : jeux infinis de contrepoints et de variations. Cette installation magistrale des arènes permet de montrer, s’il en était besoin, que le système de l’artiste, la forme quelconque, inlassablement répétée, permet au peintre d’instaurer un dialogue toujours neuf avec la peinture. Chaque oeuvre s’offre dans sa singularité, dans un dialogue avec le lieu, la contrainte devient l’espace de toutes les libertés.

La spirale s’ouvre ensuite à la Maison Carrée où de grandes bâches conversent de manière subtile avec l’architecture du bâtiment en soulignant la pureté de ses lignes.

Sur le mur Foster du Carré d’art, le spectateur peut découvrir les projets d’affiche réalisés par l’artiste  et entrevoit alors une autre facette du travail de Claude Viallat, à savoir les peintures tauromachiques. Ces dernières sont d’ailleurs largement présentées à L’Ecole des Beaux-Arts de Nîmes qui propose une exposition entièrement consacrée aux oeuvres tauromachiques, travail peu connu, que Viallat poursuit sans interruption depuis 1956. Cette exposition dévoile la part intime de l’artiste, parle de l’autre passion de Viallat, celle du taureau, du jeu de l’homme et de la bête. Il est question de la tauromachie espagnole bien sûr, mais aussi et surtout de la tauromachie camarguaise, la course libre, dont il saisit avec finesse toute l’intensité. Force et puissance de l’animal, adresse et fluidité du raseteur, ombre et lumière sur la piste de sable par un bel après-midi d’été. Ces œuvres fragiles et singulières sur des supports modestes, boîtes de camembert, planche de bois flotté, cagette de maraîcher sont comme des carnets intimes, des concentrés d’émotion où l’on découvre toute la part d’enfance de Claude Viallat.

Pour ouvrir encore la spirale qui partait des arènes, rendez-vous est donné au Musée des Cultures Taurines où une exposition consacrée à la collection de Claude Viallat permet de découvrir une petite partie des dix-sept mille pièces collectées par l’artiste autour de l’image du taureau. Il amasse inlassablement, partout dans le monde, sans souci de hiérarchie, tous les objets sur lesquels est figuré un taureau : des boîtes d’allumettes aux lithographies originales, de la bague de cigare aux  œuvres de Picasso ou Dominguez. Véritable mine pour l’ethnographe, cette collection illustre aussi la phrase d’Artaud que Claude Viallat a souhaité placer en exergue du catalogue de l’exposition «  … Comme s’il y avait la culture d’un côté et la vie de l’autre et comme si la vraie culture n’était pas un moyen raffiné de comprendre et d’exercer la vie. »

Martine Guillerm

 Yves Michaud, l’ornement et la couleur p 11 à 15, catalogue Claude Viallat-Traces, Musées de Chambéry, 1978
 

 

                                                       

    







    
              

        





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