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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 00:00


« L’heure des Traces »

 

« L’art est toujours là où on ne l’attend pas, là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom, l’art est un personnage passionnément épris d’incognito »
 

 

 

 

 

La formule est de Jean Dubuffet, elle convient à merveille à la série de photographies d’affiches en lambeaux de Jean-Pierre Loubat 



 

 

Dans la lignée des affichistes, Hains, Villeglé, Rotella, il enregistre inlassablement ces images de fragments d’affiches publicitaires et politiques, placardées sur les murs de nos villes.

Non pas ravisseur d’affiches comme aime à se définir Villeglé, mais œil capteur d’un instant de poésie, d’une image incongrue, d’un geste rageur de protestation.

Il travaille à la manière d’un archiviste, en s’appropriant les formes les plus convenues de la culture populaire et se fait le témoin de la ville vivante, des joies, des blessures, des aspirations, du souffle qui l’anime.

Ce procédé lui permet d’interroger le mécanisme de la création artistique, de remettre en question la notion de l’auteur, sur le mode de la légèreté et de l’humour. Manipulateur des signes, de la langue, des images, il entre une part d’irrespect dans sa démarche, il s’agit non seulement de s’approprier la déchirure d’un anonyme passant, mais aussi de s’auto proclamer avec dérision comme l’héritier d’un mouvement artistique : les nouveaux réalistes. En somme de piller les pilleurs…


                            
La photographie est particulièrement adaptée au but que s’assigne Jean-Pierre Loubat car le dispositif photographique opère une coupe dans l’espace et dans le temps, il redouble ainsi le caractère éphémère des traces. « Ça a été » voilà en somme, pour parodier Barthes, ce que cherche à dire le photographe . Cette tentative désespérée d’enregistrer l’inévitable et prochaine disparition du support, de lui donner une seconde vie illusoire en le transférant sur un support argentique est aussi une prise de conscience aiguë de notre condition d’humain.

 
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Le procédé photographique dématérialise l’affiche. S’il efface une partie des qualités du matériau (le papier, en couches superposées) c’est pour mieux mettre en valeur le seul détail signifiant en ne laissant subsister que le message, l’image, la couleur : le regardeur va directement à l’essentiel.

De plus la diversité des cadrages possibles, plan large, serré, permet de sélectionner un détail minuscule ou un panneau 4mx3 dans son ensemble, ce qui donne une grande liberté, une grande indépendance à l’artiste par rapport à son sujet.



    

Témoignage de : « l’époque, la mode, la morale », pour reprendre le titre d’une exposition qui fit date dans l’art contemporain, cette série de photographies révèle le temps dans son mouvement, rend compte d’une réalité éclatée. Les nombreuses informations qui nous assaillent chaque jour de manière parfois agressive finissent par se brouiller, se superposer, se télescoper, en un message indéchiffrable.


 

En explorant le rebus, le défait, il suggère aussi la mort que notre société de consommation, dans son désir d’éternelle jeunesse s’applique à occulter par le flux incessant d’images, d’objets, de modes de tendances

 © Martine Guillerm
 
        




                               

                                  
                                                                                                                                                                                                                                                                  



                                            
  
  
                                             

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